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HISTORIQUE
Le drame du Linge
A l'origine,
c'était le "GAZON de LEINGE", et ce, jusqu'au XVIIème
siècle, nom dérivé d'une appellation celtique. C'était
comme beaucoup d'autres collines des Vosges, un lieu de
refuge et de paix. Mais 1915 lui apporta une célébrité
terrible.
Grâce au
recul historique, nous comprenons mieux pourquoi LE LINGE,
cette "montagne dérisoire" (BELMONT) devint le
tragique et
glorieux "Tombeau des Chasseurs".
Le Linge
comme L'Hartmannswillerkopf furent tous les deux des champs de
bataille résultant d'une conception tactique dite
"manoeuvre de débordement par les hauts", chère aux
théoriciens du Haut Commandement des années 1914.
Une telle
manoeuvre par le haut n'est valable que dans la mesure où
elle bénéficie exceptionnellement d'un rapide effet de
surprise. Elle est inopérante, si elle se transforme en
opération lente, de longue haleine, prévisible par
l'ennemi organisé et retranché alors sur des positions
fortes.
Les maigres
résultats acquis au Linge furent sans commune mesure avec
les pertes subies : 10000 morts de juillet à
octobre 1915, 17 bataillons de Chasseurs : jusqu'à 80% de
pertes.
L'on avait
oublié le principe de Napoléon : "éviter le champ de
bataille que l'ennemi a reconnu et fortifié".

Que la forêt était
belle
En juin 1915,
les troupes françaises atteindront les abords de Metzeral
dans la vallée. L'exploitation immédiate par le bas tant
réclamée par le Général d'ARMAU DE POUYDRAGUIN ne sera
pas retenue par le Haut Commandement.
1 mois plus
tard, ce sera LE DRAME DU LINGE.
Du 7 au 22
août, incursions en Alsace : MULHOUSE, ALTKIRCH, TURCKHEIM,
portes de COLMAR.
C'est
l'Armée d'Alsace du général PAU qui recevra l'ordre de se
retirer en bon ordre sur la crête des Vosges, abandonnant
le terrain conquis, à l'exception du Sud de l'Alsace.
Dans l'intervalle, l'affrontement des 2 adversaires a
embrasé toute la partie septentrionale de la France.
Invasion
allemande par CHARLEROI (plan SCHLIEFFEN) - Poussant sur
la Marne et Paris, les forces allemande risquent d'envelopper tout
l'Est - L'aile droite française engagée en Alsace serait
enfermée dans une nasse.
Le général
JOFFRE déjoue cette méthode, mais en sacrifiant l'Alsace.
Les effectifs récupérés sont affectés à la
1ère Armée vers le Nord et les Flandres pour colmater la
brèche de l'aile gauche française.
Puis en
automne 1914, le commandement tente de reprendre
l'initiative dans les Vosges et en Alsace.
Essais sans
succès au Sud et à l'HARTMANN.
Dès janvier
1915, le Général BLAZER commandant la 47ème
division reçoit l'ordre d'envisager une action limitée sur
Le Linge, pour se rendre maître des hauteurs en vue de
descendre sur Munster.
Et le 19
février, les Allemands ont repris l'offensive et ont
nettement progressé dans les hautes vallées des Vosges.
Opérations décousues qui irritent le Général JOFFRE.

Le Général DUBAIL en visite
des premières lignes
Le 26 mars,
le Général D'ARMAU DE POUYDRAGUIN prend le commandement de la 47ème D.I.
L'idée de
l'occupation du haut lieu du Linge persiste.
Chacun
s'accorde à penser que les retards accumulés par notre
offensive se traduiront par la rencontre d'un front organisé
qu'il faudra crever pour avancer.
L'hiver
rigoureux persiste : neige, brouillard.
Le Général
DE MAUD'HUY, commandant la VIIème Armée, tandis que des
combats se poursuivent tout au long des Vosges, estime
qu'il lui faut une division supplémentaire pour l'attaque
du Linge : ce sera la 66ème D.I.
Avant
l'attaque du Linge, le 15 juin 1915, les 47ème
et 66ème D.I. entament une offensive dont Metzeral est
l'enjeu. En 1 semaine, les unités françaises progressent
de 5 kilomètres. Le Général DE POUYDRAGUIN propose la
poursuite des opérations par le fond de la vallée de
Munster.

Poste de commandement du
Général POUYDRAGUIN, au Lac Noir
Mais le
Grand Quartier Général prescrit de stopper l'offensive
dans la vallée : il tient à son
projet de déborder par les hauts.
Tout est
donc arrêté dans la vallée.
Dès le 8
avril 1915, l'état-major de la 47ème D.I. est mis au
courant des renforcements considérables des organisations
allemandes au Linge (blockhaus, tranchées, ouvrages
divers).
Tergiversations dans le camp français : le projet
d'offensive subira de nombreuses modifications tant au
point de vue de l'étendue de l'offensive qu'aux effectifs à y
affecter.
Le 15 juin
1915, une patrouille du 70ème B.C.A. parviendra à opérer
une incursion jusqu'à la crête du Linge, en plein
dispositif adverse.
Le 20 juin
1915, mis en éveil par les patrouilles, les Allemands
bombardent les positions françaises, renforcent leurs
propres tranchées et les défenses accessoires.
Le Général
DE POUYDRAGUIN est toujours opposé à cette offensive au
Linge.
Sa division,
la 47ème, effectuera une action secondaire dans la vallée,
tandis que l'attaque du Linge sera alors confiée à une
nouvelle et jeune division, la 129ème D.I. du Général NOLLET,
composée de jeunes appelés de 20 ans.
Prévue
successivement pour le 8 juillet, puis pour le 12 ou le
18, l'offensive est enfin fixée au 20 juillet 1915.
A partir de
cette date, les évènements se déroulent rapidement et ne
peuvent être racontés en détail.

20 juillet
1915 : attaque de la 129ème D.I. : Linge-Schratmännele et Barrenkopf.
21 juillet
1915 : remise en ordre du coté français.
22 juillet
1915 : nouvelle attaque, insuccès : impréparation
d'artillerie.
26 juillet
1915 : (brume, pluie, boue) nouvelle action limitée au
Linge, méthodique feu roulant de l'artillerie, la crête
est conquise au prix de lourdes pertes. Trois assauts de
contre-attaques allemandes sont repoussés dans la nuit et
jusqu'à midi du 27 juillet.
27
juillet1915 : en début d'après-midi, assaut français sur
le Schratzmännele et le Barrenkopf : demi succès, puis
échec.
29 juillet
1915 : nouvel assaut français du Schratzmännele en
partant du collet du Linge - Le sommet du Linge est
toujours tenu - Tout effort sur le Schratmännele sera
stoppé.
31 juillet
1915 : bombardement général allemand de grand style.
1er au 03
août 1915 : plusieurs tentatives sont engagées vers le sommet du Schratmännele (carrières), mais le 3 août
à 10h30, les
Allemands contre-attaquent.
4 août 1915
: bombardement allemand d'une violence inouïe (40000 obus
sur un front de 3 km).
4 et 5 août
1915 : assauts et contre-attaques de part et d'autre. Le
sommet du Linge change plusieurs fois de main.
6 août 1915
: relève française.
7 août 1915
: contre attaque allemande : mines et obus fusants : échec
à 2 reprises.
Le Général
JOFFRE décide de passer à l'offensive dans ce secteur tout
en
refusant un nouveau renfort. Cependant, un dernier
effort sera tenté pour un succès décisif !
17 août-29
août 1915 : 2 nouveaux assauts - les sommets sont
atteints, mais non tenus, les combats sont stoppés. Les
adversaires s'organisent face à face.
Puis ce sera
la grande contre-offensive allemande.
La 129ème
D.I. du Général NOLLET a été relevée par la 47ème D.I. du
Général DE POUYDRAGUIN. Celui-ci inspecte les 1ères lignes
: c'est un front tourmenté, zigzaguant, accroché à
découvert en contrebas d'un ennemi remarquablement
organisé.
31 août 1915
: bombardement allemand avec obus à gaz à 4 heures. A 17 heures, vagues
d'assaut allemandes. Les contre-attaques françaises
reprennent une partie du terrain perdu. Les combats
continuent les 1er et 2 septembre.
9 septembre
1915 : nouvelle offensive allemande, avec gaz et
lance-flammes; les contre-attaques françaises échouent.
Et jusqu'au
12 octobre 1915 : opérations de détails.
Le 12
octobre 1915 : nouveau grand sursaut de l'ennemi : gaz et
lance-flammes.
Le 13
octobre 1915 : à 3 heures du matin, une nouvelle
contre-attaque de 2 bataillons français échoue : ce sera
la dernière réaction française.
Le 16
octobre 1915 : ultime attaque allemande qui sera
repoussée.
Le front se
fige et s'éteint au collet du Linge. Chacun s'organise
défensivement : coups de main ou duels d'artillerie
d'intensité variable.
L'enfer de
la guerre se poursuivra dans les Vosges au niveau de
l'HARTMANNSWILLERKOPF (VIEIL ARMAND).
Plaque
des Bataillons et Unités qui ont combattu au Linge
(cliquez
sur les plaques pour agrandir)


"D'autres heures
naîtront plus belles et meilleures. La victoire luira sur le dernier combat. Seigneur, faites que ceux qui connaîtront ces heures
se souviennent de ceux qui ne reviendront pas."
Le Poète Sylvain ROYE est tombé devant Douaumont en 1916
Le
Drame du Linge
Par A.
DURLEWANGER
20 juillet
1915. Des vagues d’assaut, des garçons de 20 ans,
chargent à bout de souffle dans des pentes abruptes sous
un bombardement infernal, sont criblées de balles dès
qu’elles débouchent et viennent mourir, mitraillées à
bout portant, devant d’infranchissables réseaux de
barbelés et des blockhaus bétonnés, où les attendent les
corps des cisailleurs tués :
C’EST
LE LINGE !
Des
monceaux de morts gisant mêlés aux blessés entre les
lignes, frémissent sous le soleil de l’été 1915 : c’est
la jeunesse de France, la classe 1915 des troupes
d’élite de Chasseurs, grouillant de rats, de mouches
bleus, d’asticots, soulevée par des rafales d’obus,
frappée par les balles, dans une puanteur
indescriptible :
C’EST LE LINGE !
Des
chasseurs blessés, raidis par un gel polaire, se
traînant sous la tempête de neige vosgienne vers de trop
lointaines ambulances, succombant par dizaines dans les
rigueurs de l’hiver :
C’EST LE LINGE !
4 août
1915.Un bombardement d’une violence inouïe commence ;
les rafales de 74, 77, 105 arrivent sans discontinuer ;
les 150 et 210 hachent les gros sapins ; sur la crête,
sur un front de 200 m, les mines de 170 et 245 pleuvent
à 600 par heure :
C’EST
LE LINGE !
9
septembre 1915.Pluie de grenades et de liquides
enflammés. Les sacs à terre du parapet et du parados des
tranchées s’enflamment, surprenant les Chasseurs dans
une ruelle de feu. Un dépôt de fusées éclairantes saute.
Plus de la moitié d’une section est instantanément hors
de combat :
C’EST
LE LINGE !
18
septembre 1915. Jour de deuil ; un obus tue le
Commandant Bouquet du 30eme B.C.A. Le commandant
Julliard qui lui succède est tué le 12 octobre :
C’EST LE LINGE !
Des
Chasseurs gazés, haletant dans les nappes toxiques qui
embrument les pentes, les tranchées, les sapes et les
vallons :
C’EST
LE LINGE !
Des hommes
englués dans la boue des boyaux, piétinant les corps
méconnaissables des morts de la veille, accrochés aux
barbelés, aveuglés par les gaz, brûlés aux
lance-flammes, assommés par les obus, déchiquetés par
les grenades, hachés par les mitrailleuses, tour à tour
perdus dans le brouillard, tannés par le soleil ou
mordus par les rigueurs de l’hiver vosgien, c’est le
combattant du Linge, la jeunesse des 18, 19 et 20 ans de
1915, sur son calvaire.
Dix mille morts français |